Aurélie Grégoire - Le 16 octobre le Prix Polar 2005 vous a été remis pour Le pacte rouge
Qu’est-ce que cela représente pour vous et comment avez-vous vécu ce moment ?

Olivier Descosse - C’était un moment extraordinaire évidemment. J’étais très heureux, très flatté, complètement chamboulé je dirais même d’ailleurs puisque je ne m’y attendais pas du tout. Et puis c’est la première fois qu’on me décerne un prix donc forcément ça fait quelque chose quand on ne s’y attend pas, en plus ça fait chaud au cœur, ça encourage à continuer, à travailler, ça encourage à aller plus loin, c’est surtout ça que j’ai ressenti.

A.G. - Avec du recul vous portez quel regard sur la trilogie, qu’est-ce qui vous a paru bien fonctionner et à l’inverse ?

O.D. - Le recul, j’en ai pas trop pour l’instant, je veux dire c’est encore récent, je pense que je pourrai avoir du recul d’ici un an ou deux sans doute.
Je commence à en avoir un peu puisque là j’écris un roman qui n’a plus rien à voir avec la trilogie. On en parlera sûrement après d’ailleurs.Mais ce que je peux dire par rapport à la trilogie, j’avais peut-être besoin de me rapprocher de Marseille à cette époque de ma vie, puisque je suis marseillais comme vous le savez, j’ai vécu à Marseille jusqu’à l’age de 24 ou 25 ans, dans ces eaux là je ne me rappelle plus très bien, à peu près, et après je suis parti faire ma vie ailleurs, à Paris, aux Etats-Unis, à Lyon, en Polynésie, enfin bref dans plein d’endroits.Et quand j’ai quitté la Polynésie, je suis revenu à Marseille. La ville me manquait, j’en avais pas vraiment fait le tour en quelque sorte, j’avais besoin de la découvrir un peu plus et c’est ce que j'ai fait.En écrivant sur Marseille, enfin, en prenant un personnage marseillais, je pense que ça m’a permis de vraiment comprendre ce que moi je ressentais par rapport à cette ville qui est un sentiment un peu ambivalent en quelque sorte, à la fois je l’aime et à la fois elle m’agace énormément.Je crois que ça se ressent un peu à travers Paul Cabrera, peut-être, à la fois c’est sa ville, il l’aime et en même temps il y a des choses qui l’agacent, qui ne fonctionnent pas et qu’il aimerait peut-être changer d’ailleurs, mais il n’en a pas vraiment les moyens donc il observe tout simplement.Au bout de 3 romans je me suis rendu compte que finalement je n’avais maintenant plus du tout envie d’écrire sur Marseille, d’ailleurs le dernier, Le pacte rouge, s’éloigne énormément de Marseille, je crois que tous mes romans finalement ont ce point de départ à Marseille. C’est un prétexte qui me permet d’approfondir la ville mais en même temps j’ai envie d’aller ailleurs, c’est ce que je fais, aujourd’hui j’ai fait le tour de la question en quelque sorte, et du coup je n’écris plus du tout sur Marseille et d’ailleurs je n’habite plus à Marseille puisque j’habite à Paris.


A.G. - Puisqu’on parle de la trilogie, Marseille, Cabrera, vous avez déclaré que c’était « fini » mais qu’il ne « fallait jamais dire jamais » sur votre site vous avez quand même tenu à rassurer ses fans puisque dans la rubrique « Projets » vous avez dit cette phrase « Pour les fans de Paul, rassurez-vous, il reviendra. »

O.D. - Peut-être. Pour l’instant ce n’est pas le cas, j’écris autre chose. Je ne sais pas, il reviendra peut-être, mais si il revient ce ne sera pas avant trois ou quatre ans quoiqu’il arrive.Parce que là j’ai un roman qui est pratiquement achevé, qui ne sortira pas cette année, pas en l’année 2006 je veux dire, ou alors à la fin de l’année 2006 et j’en ai déjà un autre en préparation, donc il y aura deux romans avant que Paul Cabrera ne revienne, éventuellement.

A.G. - Le premier que vous avez écrit, en tout cas qui a été publié c’est Mythes. De Mythes qui est un thriller fantastique au Couloir de la pieuvre qui ne
l’est pas, que s’est-il passé, pourquoi avez-vous changé de registre ?


O.D. - Dans Mythes, c’est vrai que c’est un thriller fantastique, mais en même temps il y a toute une partie avec des flics et cette partie là finalement quand j’y pense je me dis qu’elle est assez proche déjà de ce que j’avais prévu d’écrire après, enfin peut-être pas prévu mais de ce qui se préparait en quelque sorte.En fait si vous voulez, écrire c’est – enfin pour moi – un espère de processus, et dans ce processus il y a des paliers en quelque sorte et dans un roman on peut déjà sans s’en rendre compte, parce que tout ça est dans un processus inconscient, aborder des thèmes qu’on abordera plus tard de façon plus développée.Donc finalement dans Mythes j’ai construit ça sur un registre fantastique mais quand même avec des flics qui avaient une importance et des scènes très réalistes et d’actions et au fond après cela a basculé naturellement vers Cabrera. Et si vous regardez bien Le pacte rouge c’est déjà un roman dans lequel on aborde des univers un peu plus élaborés en quelque sorte avec la haute finance, le juge d’instruction, toutes ces choses là, et c’était le palier, la transition qui m’a amené au roman que j’écris en ce moment et qui est un roman qui se passe exclusivement là-dedans.

A.G. -Envisagez-vous de changer de registre encore, de faire autre chose ?

O.D. - Oui mais pas tout de suite puisque là j’écris ce roman et j’en ai un autre en préparation qui fonctionne dans mon esprit, qui se met en place je dirais.
Après donc il faudra faire un autre Cabrera et après peut-être encore … (rires)


A.G. - On se projette très loin là (rires)

O.D. - On se projette très loin mais oui sans doute une histoire dans l’esprit, on va dire pour faire simple de ce que fait Douglas Kennedy. C’est à dire assez basé sur les personnages, avec une intrigue bien sur, mais pas forcément une intrigue aussi suspens et aussi construite que ce que je fais pour l’instant, mais plutôt quelque chose de fondamentalement basé sur les personnages, ça m’intéresse ça, l’humain.

A.G. - Ca vous est venu naturellement d’écrire des thrillers, des polars, vous aviez étudié le style d’autres auteurs avant ?

O.D. -
Non. En fait très honnêtement jusqu’à peut-être 30 ans j’ai très peu lu. Quand j’étais plus jeune oui je lisais, jusqu’à 14 ans j’étais passionné par la mythologie, donc Mythes sans doute cela explique que ce premier roman ait parlé de ça, et puis entre 14 et 30 ans je n’ai quasiment pas lu, j’ai fait autre chose mais je n’ai pas lu. Et à 30 ans je m’y suis remis, j’ai commencé à lire des romans historiques mais romancés, ça me plaisait pas mal et puis j’ai lu des polars, des thrillers américains essentiellement d’ailleurs et ensuite j’ai commencé à écrire et après forcément je me suis mis à lire un peu plus.
Mais est-ce que j’ai été influencé, oui forcément, je crois que tout le monde l’est, influencé d’une façon ou d’une autre, donc dans mes influences sans doute il y a Grangé, c’est sûr même, Thomas Harris, peut-être un peu Connely. C’est difficile, je fais ma sauce avec tout ça.


A.G. - Vous écrivez quand même formidablement bien.Ca revient souvent dans les critiques.Je pense qu’on est très proche de la littérature dans vos livres comme disait une de vos lectrices d’ailleurs…

O.D. - (Merci) Il paraît, on est toujours un peu mal placé pour juger son propre travail mais c’est vrai que ça m’a été dit, déjà.
En fait je travaille pas mal l’histoire c’est vrai, d’abord la construction, les personnages, mais je passe beaucoup beaucoup de temps à réécrire.


A.G. - Justement, est-ce que vous coupez beaucoup de passages ?

O.D. - Je suis dans un système de retravail permanent, c’est à dire que quand j’écris, pour parler concrètement, je commence un chapitre, premier mot, première phrase, une phrase, deux phrases, trois phrases, je reviens en arrière, je relis et puis c’est un perpétuel mouvement de va et vient jusqu’à ce que j’ai fini le chapitre. Donc je retravaille en direct et en permanence toutes les phrases jusqu’à ce que j’ai le sentiment – mais là c’est personnel – que la musique qu’elles évoquent à mon oreille est celle que j’ai envie d’entendre. Donc parfois ça vient bien en quelque sorte, et puis parfois je mets des heures. Ca dépend des fois.

A.G. - En parlant de temps, est-ce que la recherche d’informations pendant que vous écrivez vous en prend beaucoup ? Par exemple vous avez déclaré ne jamais être allé à Palerme en Sicile et dans Le pacte rouge on y est, comment vous vous y êtes pris ?

O.D. - Plusieurs sources en fait. D’abord j’essaie de rencontrer des gens qui connaissent, avec qui je parle, c’est la meilleures des choses, puis finalement je me suis rendu compte que les gens étaient assez sympas quand on va les voir et qu’on leur dit « Je suis écrivain j’aimerais avoir des infos là dessus ». Ils vous ouvrent la porte, ils vous invitent à déjeuner et vous racontent leur vie. C’est assez sympa.
Ensuite pour des trucs plus précis, des plans des choses comme ça, d’endroits … on peut passer par internet qui est un outil fabuleux, en deux clics, quand on a besoin de savoir dans quelle rue on marche, on le sait.
Après je choisi aussi des pays où soit j’y suis allé, soit je n’y suis pas allé, mais si je n’y suis pas allé ce sont quand même des pays qui quelque part me parlent, parce qu’ils m’intéressent, parce que j’ai vu des reportages dessus à la télé et je m’en suis déjà fait une idée dans ma tête. Par exemple, la Sicile, je n’y suis jamais allé, c’est vrai mais j’avais vu pas mal de reportages notamment sur la mafia sicilienne qui étaient vachement bien faits.
En Italie par contre j’y suis allé plein de fois et je me faisais une idée du truc, je crois que le travail de romancier c’est ça, on fait pas un reportage, l’intérêt c’est pas de prendre une photo et de dire « voilà y a ça, ça, ça » ça n’a aucun intérêt, je crois que l’intérêt c’est de regarder une photo, de l’oublier et pour parler concrètement, trois jours après se souvenir de ce qu’on a vu et si par exemple on regarde la même photo tous les deux, on écrira pas la même chose sur ce dont on se souvient. C’est là qu’intervient le travail du romancier et c’est comme ça que je fais ma sauce aussi entre la réalité sur laquelle je me documente et la façon dont moi je vois la réalité.


A.G. - On parle de la Sicile donc du Pacte rouge finalement, vous vous intéressez à la géopolitique dedans, est-ce que c’est ou à été une source d'inspiration pour vous ?

O.D. - Tout ça m’intéresse, je suis avocat d’abord, il ne faut pas l’oublier. Ca explique en quelque sorte mes centres d’intérêts, je suis avocat, avocat d’affaires et j’ai bossé là dedans pendant pas mal de temps, donc j’ai vu les choses et ça m’intéresse toujours, donc je me tiens informé et je me renseigne.
Mais oui ça m’intéresse bien sur.

A.G. - On sait que Le couloir de la pieuvre à la base s’intitulait « Mana » quand vous l’avez envoyé, est-ce que c’est vous qui choisissez les titres de vos livres ?

O.D. Oui !

A.G. Il y a une petite histoire derrière chacun ?

O.D. - J’ai essayé de faire en sorte que chaque titre corresponde à l’idée que je me fais du livre. C’est pas un titre choisi au hasard.
Par exemple Le couloir de la pieuvre, si on veut faire l’exégèse du titre, bon la pieuvre on comprend facilement parce que tout tourne autour des SOP, ils ont un tatouage de pieuvre autour du cou, donc il y a quand même cette force noire qui contamine le livre et qui est symbolisée par la pieuvre. Ce tatouage et cette légende de la pieuvre qui est raconté par la légionnaire lorsqu’il parle des pieuvres géantes etc…
Et le couloir il y a deux choses, c’est d’abord le couloir du pouvoir parce que c’est quand même un jeu de pouvoir dans ce livre et deuxième chose parce que pour aller dans la salle sous-marine où il découvre l’horreur au milieu ou au deux tiers du livre, il passe par un boyau rocheux qui est un espèce de couloir sous-marin par lequel passent les pieuvres.
Miroir de Sang c’est pareil, tout le livre est un jeu de miroirs, entre les deux flics avec le personnage du tueur, entre le bien et le mal, entre le truand et son frère, tout est un jeu de miroirs. Mais forcément comme c’est sanglant, c’est un miroir de sang.
Quant au Pacte rouge bien évidemment on comprend aussi comment ça peut fonctionner par rapport aux intérêts qui sont en jeu et aux alliances qui se font et aussi dans une idée de sang.


A.G. - Jusqu’à présent, quel est le livre sur lequel vous avez eu le plus de plaisir à travailler, celui qui pour vous est le plus abouti, un peu votre préféré finalement ?

O.D. - Très honnêtement je ne peux pas dire. Chaque fois je passe entre huit et neuf mois avec mon bouquin, tous les jours minimum deux heures par jour quand c’est pas six. Quand je dis tous les jours, c’est tous les jours, Noël compris.
J’ai une évolution dans mes trucs même si c’est une trilogie avec un personnage récurent, les trois livres sont très différents, à chaque fois des univers et des ambiances qui ne sont pas les mêmes. Et le livre que je préfère vraiment c’est celui que j’écris en ce moment parce que je m’éclate. (rires)
Je pense que c’est pour moi le plus abouti.
Mais celui là vous ne le connaissez pas encore, il va falloir attendre un peu. (rires)


A.G. - Pour continuer dans la trilogie. Et ces projets d’adaptations cinématographiques et télévisuels ? du nouveau ?

O.D. - Ca rame un peu, pas de nouveau, il y a deux tentatives qui ont été assez loin et qui ont avorté malheureusement.
Donc pour l’instant, il y a quelqu’un qui s’occupe en quelque sorte de faire avancer les choses pour moi, j’ai pris un peu de recul avec ça, j’en ai marre pour être clair.
Il y a toujours des gens qui s’y intéressent et il y a quelqu’un qui est chargé de s’occuper de négocier avec pour faire avancer les choses.


A.G. - Par contre vous avez écrit le scénario du Couloir de la pieuvre, pas celui de Miroir de sang ?

O.D. - Non, parce qu’on m’a proposé de le faire mais dans des conditions qui ne me convenaient pas finalement après avoir discuté avec la personne qui voulait faire ça avec moi, ça a pris six mois pour arriver au fait que ce qu’il me proposait ne m’intéressait pas. C’était un réalisateur.

A.G. - Vous aimeriez réitérer l’expérience ?

O.D. - Oui je ne suis pas du tout contre mais maintenant j’ai envie de le faire dans des conditions plus cadrées avec des gens un peu plus sérieux que ceux que j’ai pu rencontrer jusqu’à présent.
Il y a des gens qui parlent beaucoup mais il y a des gens qui parlent pour ne rien dire, c’est un peu le problème. J’ai un peu moins de temps à perdre maintenant, il se trouve que je vais reprendre en partie mon activité d’avocat parallèlement à l’écriture à partir du mois de Mars à Paris.
Donc quelqu’un s’occupe de l’aspect cinéma pour moi et quand j’aurai une proposition sérieuse à ce moment là j’envisagerai.


A.G. - Par ailleurs vous aimeriez adapter le livre d’un autre auteur ?

O.D. - Non, ça ne m’intéresserait pas du tout.

A.G. - Quand vous étiez plus jeune est-ce qu’il y a des personnes qui avaient décelé votre talent naissant, votre envie d’écrire ?

O.D. - Non j’en avais parlé à personne.

A.G.-Dans votre bio sur le site, qui est très bien faite d’ailleurs, il y a un moment où vous dites « et si les adultes me disent que je ne suis pas doué pour le cinéma ou le journalisme , c'est qu'ils doivent avoir raison…. »
Personnellement ça m’a troublée...


O.D. - En fait j’ai dit ça parce qu’à l’époque je devais avoir 24-25 ans dans ces eaux là, avant que je devienne avocat, j’ai présenté le concours de Sciences po à Paris, j’ai pas été reçu, ensuite la même année le concours de l’HIDEC, une école de cinéma pour ceux qui ne savent pas, je n’ai pas été reçu non plus et le concours du CELSA une école assez fameuse de communication.
Bref tout ça tournait autour de ce qui m’intéressait profondément, des gens qui à l’époque étaient plus âgés que moi qui étaient chargés de juger mes capacités et qui ont décidé que je n’étais pas capable, donc je me suis dis ils doivent avoir raison, donc je vais faire autre chose.
Je suis devenu avocat.


A.G. - Finalement votre passion pour l’écriture c’était votre jardin secret..

O.D. - Je voulais l’exprimer en faisant une école après mon droit qui était vraiment orientée là dessus, mais là on m’a dit non. Donc j’en ai déduis qu’il valait mieux que je garde tout ça pour moi.

A.G. - Après avoir rangé la robe d’avocat il y a cinq ans maintenant, vous avez beaucoup travaillé pour réaliser votre rêve, d’écrire, on commence à sérieusement parler de vous, que conseilleriez-vous à quelqu’un qui veut se lancer dans cette aventure de l’écriture ?

O.D. - Je dirais d’abord d’écrire et d’arriver au bout du livre. Ca paraît bête mais il y a un livre de Stephen King qui s’appel Ecriture, je ne sais pas si vous l’avez lu, si vous avez l’occasion achetez-le, Ecriture c’est un livre sur l’écriture qui a été écrit par quelqu’un dont on aurait jamais pu penser qu’il avait ce recul là contenu de sa littérature habituelle, sur le processus de l’écriture et c’est vraiment une bonne leçon d’écriture, il y a une chose qui m’a impressionné, il fait 450 ou 500 pages ce bouquin, c’est une toute petite phrase « écrire c’est un mot après l’autre », ça paraît con mais c’est vraiment ça. S’accrocher pour que ce « mot après l’autre » aboutisse à un roman qui fait 300, 400, 500 pages peu importe, mais c’est beaucoup de temps, c’est vraiment un travail de marathonien, il faut vraiment s’accrocher et ce que je conseillerai donc c’est d’essayer déjà d’aboutir le livre, ce qui n’est pas forcément toujours simple quand on ne sait même pas si on va être publié et qu’on a commencé à écrire 1, 2 chapitres et qu’il faut en faire 70 ou 80.
Ce que je conseillerais c’est d’avoir vraiment la volonté.
Si la question c’est par rapport au fait d’être publié là il y a une autre réponse.
Une fois qu’on a fini la première étape, c’est à dire qu’on a un manuscrit qui fait X milliers de signes, là non plus il ne faut pas se décourager parce que les maisons d’éditions elles ne vous attendent pas, même si c’est bon.
Donc on ne peut parler que de son expérience, moi la mienne c’est que je me suis accroché pendant un an à envoyer mes manuscrits à droite à gauche, je me suis tellement accroché que en fait dans l’intervalle j’ai écrit un autre livre, puisque Mythes n’était pas pris, j’ai écris Le couloir de la pieuvre pendant que j’attendais des réponses pour Mythes, parce que j’avais vraiment envie d’écrire.
Mais au bout d’un moment on se demande pourquoi on se lève tout les matins pour faire ça, c’est quand même un gros investissement pour rien, c’est très très démoralisant.


A.G. - Dans vos livres on voyage beaucoup, vous même vous êtés parti de Marseille, vous êtes allé à Paris, aux US, en Polynésie française, est-ce que justement dans les livres en proposant des voyages c’est pour faire partager votre passion ?

O.D. - Je crois que c’est surtout parce que moi ça me plait d’abord.
Ca me plait de voyager, de parler des endroits que je connais, que je ne connais pas, qui ouvrent un peu le champs du possible, l’horizon.
Après je pense qu’on a tous en nous ce désir là d’aller voir ailleurs ce qui se passe.
C’est vrai que dans un second temps les gens quand ils lisent ça doit leur plaire de découvrir des endroits qu’il ne connaissent pas.
Mais honnêtement j’écris pas pour mon public entre guillemets, j’écris d’abord pour moi, je pense que c’est la seule façon d’écrire de façon authentique en quelque sorte. Je ne me dis pas « tiens ça va leur plaire ». Je fais ce que j’ai envie de faire, ce que j’aime faire, ce que je sais faire surtout.
Puis après si ça plait tant mieux, si ça plait pas tant pis, je serais incapable de programmer quelque chose en disant « tiens là je vais mettre un peu de ça, là un peu de ci » en me disant que ça va marcher, que ça va plaire et que je vais vendre 150 000 livres.
D’abord on pourrait pas, sinon, si on savait, si il y avait une recette tout le monde l’appliquerait. Et puis ensuite je m’ennuierais trop, non je n’y arriverais pas, il faut que ça reste un plaisir quand même.

A.G. - Justement, maintenant que ça marche vous ressentez plus de pression ?

O.D. - Non pas pour l’instant.
Je ne suis pas au stade où je subis une pression. Pas du tout.
Mon éditrice me donne bien des directions par rapport à des livres qu’elle aimerait que j’écrive, enfin des univers, mais non , elle me met pas la pression non plus, je fais ce que je veux. (rires)


A.G. - Bon alors le prochain, celui qui est initialement prévu, qui n’est pas un Cabrera, qui se situe dans l’univers de l’art.
Qu’est-ce que vous pouvez nous dire de plus ?


O.D. - Oui, l’univers de l’art, l’univers des affaires, des avocats d’affaires. C’est une histoire à plusieurs détentes en fait. C’est à dire il y a un premier plan qui est l’intrigue en quelque sorte, ce personnage Luc, qui est avocat d’affaires, va découvrir des choses qui n’ont absolument rien à voir avec sa vie et ces choses vont être de plus en plus terrorisantes, il va les découvrir par l’intermédiaire de son père avec qui il travaille et donc au fond il va aussi découvrir la personnalité, enfin une partie de la personnalité, qu’il ne connaissait pas, à travers l’histoire.
C’est le corps en quelque sorte de l’intrigue qui va démarrer à Paris.
Il y a donc ce phénomène de double détente avec cette intrigue qui est construite à la première personne, différente donc de tout ce que j’ai fait jusqu’à présent puisqu’on a qu’un seul point de vue, c’est le point de vue du narrateur, du début à la fin on est avec Luc et on ne sait absolument pas ce qu’il se passe ailleurs.
Mais déjà il s’en passe suffisamment avec lui. Mais ça donne en fait par rapport à un roman où vous avez d’autres points de vue une espèce de pression, de tension permanente puisqu’à aucun moment le lecteur peut se dire « ah ben oui ça c’est à cause de ça » sauf si Luc le pense, mais parfois il pense des choses et il se trompe forcément. Et en arrière plan il y a toute la relation de Luc avec son père qui est le fil conducteur, qui est très compliqué, qui est dans la douleur et qui va évoluer comme une espèce d’initiation vers la découverte de son père.


A.G. -Est-ce que vous connaissez déjà le titre, vous voulez bien le dévoiler ?

O.D. - Non je ne vais pas le dévoiler, je le connais mais je ne le dévoilerai pas encore.

A.G. - Et plus généralement quels sont vos projets donc puisque apparemment il y a déjà quelque chose d’autre de prévu ?

O.D. - Finir ce livre j’espère puisque là j’avance assez bien, le terminer d’ici trois ou quatre mois, l’écriture proprement dite, ensuite prendre mon temps pour relire, bien le peaufiner, prendre un peu plus de temps sur celui-là parce que j’ai vraiment envie qu’il soit le mieux possible, en tout cas par rapport à ce que moi j’ai envie de faire. Et ensuite je m’attaquerai au roman suivant qui sera un « legal thriller », c’est à dire un roman qui du début à la fin va traiter une affaire judiciaire au travers des personnages et sans doute essentiellement au travers d’un juge d’instruction qui sera le personnage principal, qui sera un femme, et une affaire judiciaire qui met en jeu des problèmes dans lesquels l’Etat est concerné. Donc une affaire judiciaire où tous les intervenants seront soit des juges, des avocats, soit des flics mais vraiment centré autour du palais, autour du procès, autour de l’enquête, avec une grosse affaire d’Etat derrière qui évidemment est masquée au départ et que les juges parviendront à découvrir petit à petit pour la faire éclater au grand jour.
Donc une histoire de complot d’état.


A.G. - Pour la sortie du prochain vous m’avez dit fin 2006, il faut encore attendre. (rires) C’est terrible ça !

O.D. - Oui je sais. (rires) Et puis quand vous me demandiez tout à l’heure si j’avais pris du recul par rapport à Cabrera je vous ai dit « non pas encore », donc j’ai besoin un peu de ce recul là et puis je pense que les gens qui aiment me lire ont aussi besoin de ce recul là, avant d’attaquer quelque chose qui va être assez différent puisque c’est un autre personnage. Je veux leur laisser aussi un peu le temps de digérer Cabrera pour ceux qui connaissent et ceux qui ne connaissent pas d’ailleurs, puisque il y en a qui découvrent Cabrera avec Le pacte rouge et qui auront peut-être envie de lire ceux qui sont sortis avant et une fois que tout ce sera passé, on changera de braquet et on sortira ce bouquin.

A.G. - L’autre après ? C’est un projet ? Vous avez déjà commencé ?

O.D. - Non, en fait quand j’écris, quand j’arrive aux deux tiers d’un roman, ça s’est passé comme ça depuis le début que j’ai commencé à écrire, j’ai déjà une autre histoire qui commence à se mettre en place, mais cette histoire là je ne la rédige pas, je la laisse simplement s’impressionner dans mon esprit petit à petit.

A.G. -Une question qui me vient, tout à l’heure vous m’avez parlé d’avocats, des juges, des flics, vous auriez aimé être flic ?

O.D. - Ouais je crois que ça m’aurait plu.

A.G. - Ah beaucoup de personnes étaient persuadées que vous me diriez non, « Vu comment il les peint … »

O.D. - Ca dépend, Cabrera c’est un flic qui me plait bien.

A.G. - Oui enfin il fait un peu à sa sauce..

O.D. - Ah ben je n’aurais pas été un flic commun ça c’est sûr. (rires)

A.G. - Je n’ai plus qu’une question

O.D. - Last but not least comme on dit (rires)

A.G. - On est presque à la fin de l’année, alors qu’est-ce qu’on peut souhaiter à Monsieur Descosse pour 2006 ?

O.D. - La réussite, la santé et puis en tout cas par rapport à mes romans, plein de lecteurs qui aiment ce que je fais et qui m’encouragent à continuer.
Voilà c’est ça.


***
Et on vous le souhaite Olivier, de tout coeur....!