
Aurélie
Grégoire
- Avant de parler de La Liste Interdite et de votre actualité,
on va faire un petit point sur L'Ordre Noir. Pourquoi
cette escapade vers l'aventure vers la fin plutôt
qu'un polar pur et dur, c'est quand même le roman
qui s'écarte le plus des autres – à
part Mythes – est-ce qu'il y avait une volonté
de surprendre le lecteur ou est-ce pour vous faire plaisir
sur un type d'intrigue un peu différent ?
Olivier Descosse -
C'est pour me faire plaisir à moi d'abord, j'aime
bien cette idée là de chasse au trésor,
d'aventure. D'une certaine façon, je crois quand
même que c'était annoncé dans «
Le couloir de la pieuvre », puisqu'il partait à
l'autre bout du monde chercher des preuves dans une grotte
remplie de requins. Je crois que c'était aussi
annoncé dans « Le Pacte rouge » puisque
l’histoire se termine en Afghanistan dans la montagne.
J'aime bien ce côté voyage, presque reportage
en quelque sorte et je trouvais qu'allier l'Amazonie et
ce qui peut se passer à l'intérieur dans
une espèce de chasse au trésor c'était
vraiment très intéressant. Enfin je me suis
vraiment fait plaisir en écrivant ça.
Je suis un grand amateur de tout ce qui est aventures
type Indiana Jones, Benjamin Gates ou même Allan
Quatermain pour les plus anciens et donc je crois que
j'ai eu envie de partir dans ce trip là et voir
ce que je pouvais y faire. Je me suis fait vraiment plaisir,
ça n’a pas été pour conquérir
un nouveau lectorat ou pour quoique ce soit de ce genre,
c'est surtout parce que tout ça fait parti de moi.
A.G.
- Un an après avoir sorti « L'Ordre Noir
», vous sortez « La Liste Interdite »,
ce sont deux romans où il y a peut-être un
lien un peu plus étroit avec votre métier,
vous êtes avocat d'affaires.
Quels aspects de votre métier, dans « L'Ordre
Noir » et de la justice dans « La Liste Interdite
» vouliez-vous retranscrire ?
O.D.
- Dans L'Ordre Noir, le personnage est un avocat d'affaires
effectivement, un peu comme moi. J'avais envie de retranscrire
ce que je connais de cet univers-là, même
si le livre n'est pas sur les avocats d'affaires du genre
Grisham qui prendrait un dossier, une affaire compliquée,
et puis il la traiterait dans le livre.
L'avocat d'affaires, le personnage principal, c'est un
peu le prétexte en quelque sorte pour aborder cet
univers là puis comme « L'Ordre Noir »
se passe aussi dans le monde de l'art c'était assez
lié puisqu'on est dans un univers très haut
de gamme où se côtoient l'argent, le pouvoir
et l'art. L’art étant un véhicule
pratique de l'argent et du pouvoir puisque plutôt
que de passer des billets d'un compte à un autre
on peut passer des oeuvres d'arts par exemple, c'est très
facile
Donc j'aurai pu prendre effectivement plutôt qu'un
avocat un marchand d'arts, quelque chose comme ça,
mais un avocat c'était bien.
Il me fallait un personnage qui côtoie ce milieu
fermé très haut de gamme où il doit
y avoir à peu près 2000 personnes en France,
politiques, financiers, avocats qui tiennent le haut du
pavé, donc comme moi j'étais avocat et que
j'avais un cabinet fut un temps rue du Faubourg Saint-Honoré
c'était plus pratique pour parler de ce que je
connaissais.
Pour « La Liste Interdite » c'est autre chose,
le sujet du livre est un sujet que l’on découvre
au fur et à mesure des pages mais qui se passe
quand même plus ou moins dans l'univers de la justice,
en tout cas qui met en scène des problèmes
que la justice a à connaître, donc c'était
évident de prendre au moins un juge d'instruction
comme personnage. D'autant plus que – mais là
j'essaie de ne pas trop en dévoiler, c'est compliqué
– à qui, à part un juge d'instruction
pouvais-je confier cette enquête pour qu'il soit
le plus concerné par le choix qu'il va avoir à
faire à un moment du livre ? C'est un peu sibyllin
j'en suis conscient mais je ne pourrais pas en dire plus...
C'était une évidence pour traiter ce sujet
que de le traiter au regard de l'univers de la justice
puisque c'est assez lié.
Je pense que les sujets imposent ensuite les personnages.
Par exemple, pour le livre de Grangé, « Le
serment des Limbes », son univers était le
Diable et Dieu, le bien et le mal sous l’angle de
la religion, il a pris des flics, c'est vrai que les flics
c'est pratique ça ouvre beaucoup de portes plus
facilement que d'autres personnages mais il en a quand
même pris qui étaient d'anciens séminaristes,
donc il faut qu'il y ait un rapport entre le sujet et
les personnages.
A.G.
- Comment est née cette Liste Interdite ? La mise
en place de l'intrigue vous a-t-elle pris beaucoup de
temps ? L'intrigue est très maîtrisée,
avez-vous travaillé avec un plan détaillé
?
O.D.
- Il paraît, c'est ce qu'on me dit mais je n'en
ai pas eu conscience parce que plusieurs fois dans le
livre je me suis demandé où j'allais. J'avais
le début, la fin, je connaissais le thème
de l'histoire, quel était le ressort principal,
je savais que je voulais deux histoires en parallèles,
parce que j'ai envie de dire il y en a une qui est blanche
et une qui est noire, sans faire de mauvais jeu de mots
puisqu'on a un personnage blanc et un personnage noir
au sens racial du terme, mais il y a vraiment une piste
blanche et une piste noire, une piste du bien et une piste
du mal en quelque sorte, donc c'est pour ça qu'il
me fallait les deux aspects, ça c'était
clair aussi. En revanche dans les détails, dans
les rebondissements, il y a des rebondissements qui sont
venus et qui se sont imposés au moment où
ils se sont passés, que je n'avais pas du tout
prévu.
Alors au bout du compte cela doit donner sans doute le
sentiment d’un truc hyper construit sur lequel j'ai
gambergé pendant des jours et des jours, en réalité
cela ne s'est pas du tout passé comme ça,
je suis parti à l'aventure, comme d'hab. et au
fur et à mesure les choses se sont mises en lignes,
des trucs auquel je n'avais pas du tout pensé,
'ai dû faire des retours en arrière pour
faire coller les morceaux à certains moments. Il
y a même une semaine où je me suis arraché
les cheveux, je me disais merde ça ne veut rien
dire, ça n'a pas de sens, et finalement c'est venu.
Ca n'a pas été aussi carré que le
résultat peut le laisser penser, mais de toute
façon un livre ce n'est jamais comme ça,
enfin, pas pour moi en tout cas, il se construit au fur
et à mesure j'ai envie de dire et après
quand les lecteurs le lisent d'un coup ils se disent «
oh la la c'est compliqué, il a dû vraiment
se torturer les méninges et se faire des nœuds
au cerveau », en fait pas vraiment, je m'en suis
fait de temps en temps mais pour débrouiller certaines
situations mais rien n'était vraiment prémédité.
Vraiment pas, c'est un crime mais ce n'est pas un assassinat,
il n'y avait pas préméditation....(rires)
A.
G. - Qu'est-ce qui vous a inspiré l'intrigue
?
O.D.
- En fait c'est toujours les mêmes histoires qui
m'animent. Des histoires de vengeances, de choses non
réglées, de choix Cornéliens....
L'Homme placé finalement face à sa réalité
et en même temps contraint par la réalité
sociale. Les réactions que je pourrais avoir par
rapport à ce que je vis, par rapport à ce
qu'il se passe et je constate. Est-ce que si moi j'étais
placé dans une situation x ou y dans laquelle on
est sensé réagir de telle façon je
réagirai comme ça ? Après le truc
c'est de pousser cette piste là le plus loin possible
et de trouver des personnages qui vont l'incarner de façon
romanesque en quelque sorte et donc exponentielle par
rapport à ce qu'il pourrait se passer dans la réalité.
Mais au bout du compte l'histoire est toujours la même,
si moi j'étais placé dans une situation
dramatique du type de celle qui se produit dans «
La Liste interdite », quel choix ferais-je en mon
âme et conscience ? Après j'ai poussé
le truc un peu plus loin.
Et puis la réalité sociale aussi, les débats
qui se produisent dans la société française
depuis un certain nombre d'années me font penser
ça, j'écoute la radio, je regarde les journaux,
je vois qu'il y a des choses qui sont votées par
le parlement, il y a des gens qui font des déclarations,
des espèces de professeurs de conscience qui parlent
à la télé et qui disent voilà
comment il faut penser, voilà comment l'homme doit
évoluer et puis après j'écoute les
gens parler et je vois qu'ils ne sont pas toujours d'accord,
qu'ils ne disent rien parce qu'ils n'ont pas les moyens
de le faire mais en réalité quand ils parlent
entre eux, entre amis, au café ou à la maison
ils disent « c'est du n'importe quoi, si ça
m'arrivait à moi, voilà ce que je ferai
».
C'est un peu ça l'idée.
A.G. - Dans tous vos romans on voyage,
dans « La Liste Interdite » aussi, même
si on reste en Europe. Mais Paris nous mène à
la Chine.
Pourquoi avoir choisi la Chine, le quartier chinois ?
Quel travail cela vous a demandé au niveau informations
par rapport aux triades, au bouddhisme, même à
la langue.
O.D.
- C'est parti du fait que j'avais envie de créer
un personnage bouddhiste, donc la logique était
qu'il soit dans le quartier chinois de Paris.
J'avais envie aussi de prendre un peu le contre-pied de
« L'ordre noir » qui part dans pas mal de
pays, sur plusieurs continents parce que c'est vraiment
une aventure, mais de prendre ce contre-pied tout en restant
dans ce qui m'intéresse à savoir une unité
de lieu dans laquelle on voyagerait. Et à Paris
si on prend la peine de regarder, il y a vraiment des
univers à chaque coin de rue, en l'occurrence le
quartier chinois mais y'en a d'autres, les blacks, les
kabyles, les thaïlandais, enfin toutes les communautés
qui vivent à Paris c'est du délire....
Donc comme l'histoire se prêtait au quartier chinois,
il se trouve que j'ai choisi les chinois. Et puis après
j'ai développé à partir de là
mais c'est vrai que j'aurais pu choisir autre chose mais
je n'étais pas parti sur la Chine à priori.
La chine s'est imposée à cause de mon personnage,
je voulais qu'il soit bouddhiste parce qu'en étant
un des personnages principaux il pouvait donner la réplique
à Claire Brissac, le juge, et la faire progresser.
Parce qu'elle-même a besoin de progresser à
cause de son histoire personnelle, c'est une femme un
peu rigide, qui a souffert...
C'est important et intéressant de la confronter
à un type comme Christian Mayol qui s'en fout complètement
qu'elle soit juge, qui ne voit que la fragilité
qu'elle porte et qui grâce à son empathie,
grâce à sa philosophie va lui permettre d'ouvrir
des portes qu'elle n'a jamais ouvertes.
Le reste s'est enchaîné à partir de
là.
A.G. - Cela vous a demandé beaucoup
de travaille de documentation ?
O.D.
- Oui j’ai même pris ma moto pour aller repérer
un temple bouddhiste que j’avais découvert
sur Internet mais dont je n’avais aucune photo,
j’avais juste l’adresse. Donc j’y suis
allé, un endroit hallucinant dans le 13e arrondissement
sous les tours des Olympiades, dans une espèce
de parking souterrain au milieu des cadavres de poubelles,
j’ai découvert un temple bouddhiste surréaliste.
Mais j’ai aussi beaucoup travaillé sur documents
pour tout ce qui est la philosophie bouddhiste, taoïste,
confucianiste.
Le gros travaille a été de faire le tri,
j’avais beaucoup de documents, je ne voulais pas
ennuyer le lecteur et faire un essai sur le bouddhisme,
il fallait que ça s’intègre dans l’histoire
et trouver les choses les plus essentielles et les plus
clairs pour que le lecteur puisse bien comprendre et apprendre
pour ceux qui ne connaissaient pas. Cette synthèse
a été compliquée ainsi que la compréhension
de toutes ces informations, parce que faire la différence
entre le bouddhisme et le taoïsme en Chine ce n’est
pas toujours évident.
A.G. - Vous voyagez beaucoup, est-ce
que vos voyages vous influencent, vous inspirent pour
les lieux dans lesquels se déroulent vos intrigues
?
O.D.
- Bien sur, toujours, en ce moment j’écris
un nouveau roman, et je passe la moitié de mon
temps dans ma maison à côté d’Aix
en Provence et mon roman démarrera à Paris
mais très rapidement il se propulse dans la région
d’Avignon et ensuite ailleurs, mais il y a 14 ou
15 chapitres qui se passent dans ce coin là parce
que j’y passe une partie de mon temps en ce moment
et du coup ça m’a inspiré.
A.G. - Dans une interview sur RTL, vous
aviez parlé d’un accident de voiture auquel
vous aviez assisté vers l’âge de huit
ans, « La Liste Interdite » commence par un
accident de voiture, est-ce que ça a pu vous influencer
?
O.D.
- Alors là c’est les ressorts inconscients
de l’imaginaire de l’écrivain, parce
que je n’ai pas du tout fait le lien avec ça,
même si cela doit sans doute être lié
parce qu’il y a des images de mon enfance que je
conserve en mémoire, qui sont des images qui m’ont
impressionné, par leur violence, leur crudité,
leur sauvagerie parfois. Auxquelles je pense tous les
enfants sont soumis aujourd’hui et d’ailleurs
de plus en plus, ce qui me semble être un peu un
problème, puisque naturellement on a la possibilité
malheureusement d’affronter cette dure réalité
sans que l’on soit obligé de regarder la
télé, mais maintenant il suffit d’appuyer
sur un bouton et on voit l’horreur en directe. Donc
quand j’étais petit ça m’a fortement
impressionné et j’en garde des séquelles
en quelques sorte, qui ressortent régulièrement
dans mes livres, d’ailleurs si j’ai choisi
ce registre là c’est aussi pour purger toutes
ces images angoissantes qui se terrent dans un coin de
mon cerveau de psychopathe (rires).
A.G - Dans « La liste interdite
» vos personnages ont tous une blessure personnelle,
à travers eux que voulez-vous transmettre à
vos lecteurs, pourquoi avoir fait ce choix ?
O.D.
- C’est plus intéressant de choisir
des personnages qui ont des blessures que des personnages
dont l’électroencéphalogramme est
plat. C’est chez les gens qui ont des blessures
que l’ont peut percevoir les meilleures traces de
l’humanité, tout simplement.
Je crois qu’il y avait une chanson de Goldman qui
disait « elle avait cette petite fêlure dans
le regard qui rend les gens supportables », tout
est là, moi les gens qui sont dans le bonheur béat
ça ne m’intéresse pas beaucoup en
faite, il n’y a pas grand chose à creuser,
je crois que l’évolution, la progression,
l’initiation, se construit toujours sur la souffrance
de toute façon parce que notre destin humain s’inscrit
là dedans depuis la naissance, qui est déjà
une grosse séparation, une souffrance, une déchirure,
jusqu’à la mort qui est la séparation
ultime, on passe notre temps à travailler sur nous
même pour apprivoiser le deuil. Donc c’est
inhérent et il y a des gens qui passent à
travers ce système-là, du moins le croient-ils
un certain temps, parce qu’un jour ou l’autre
la maladie, la vieillesse, la mort, nous rattrape tous
et moi ce qui m’intéresse ce sont les gens
qui ont souffert et qui toujours vivants vont apprivoiser
cette souffrance pour devenir encore plus humain.
A.G.
- Dans « L’ordre noir » toute la relation
de Luc avec son père est compliquée, douloureuse,
ce qui est aussi un des fils conducteur du roman, dans
« La liste interdite » il y a une relation
aussi douloureuse entre les deux frères, Laurent
et Arnaud Charvet, qui est très importante dans
l’intrigue, parler des relations humaines, les analyser,
les fouiller, c’est important pour vous dans vos
romans ?
O.D.
- Oui pour moi c’est fondamental.
Il y a deux sortes de thriller pour moi, les thrillers
qui racontent une histoire et il y a des auteurs qui le
font très bien, du type Harlan Coben par exemple,
d’ailleurs ça marche super bien et beaucoup
mieux que moi (rires), mais dans lesquels il n’y
a pas de personnages, ce sont des personnages très
superficiels qui sont des prétextes à l’intrigue
en quelque sorte. Je parle d’Harlan Coben parce
que c’est le plus connu mais il y a plein de thriller
qui sont comme ça, moi ce que je peux dire c’est
que lorsque j’ai lu un livre d’Harlan Coben
je ne m’en souviens pas, je ne peux pas raconter
ce qu’il s’est passé à l’intérieur
parce qu’il n’y a aucun point d‘accroche
en quelque sorte, avec ma propre réalité,
avec mes propres sentiments, enfin bref les personnages
ne sont pas attachants. Alors j’ai envie de dire
il est très fort, même en faisant des personnages
sans consistance il arrive à faire des intrigues
qui plaisent à beaucoup plus de monde qu’à
mes lecteurs.
Après
il y a une deuxième catégorie de thriller,
dans laquelle je m’inscris sans doute mais je ne
suis pas le seul à travailler de cette façon
là, dans laquelle on développe les personnages,
leurs relations entre eux etc… finalement pourquoi
moi je fais ça plutôt qu’une histoire
où les personnages ont moins d’importance,
parce que ça me parle tout simplement, parce que
quand je regarde un film ou lis un livre, la première
chose à laquelle j’ai envie de m’attacher
ce sont les personnages, au-delà de l’intrigue.
Et je pense à la série Lost, qui est une
série que j’affectionne particulièrement,
je trouve l’intrigue assez hallucinante, géniale,
et en même temps pleine de trous, d’imperfections,
d’erreurs, mais je continu à la regarder
quand même parce que les personnages sont extraordinaires,
géniaux et là ils ont tout compris. C’est
ça qu’il faut fouiller et pousser à
fond, c’est ce qui intéresse les gens, en
tout cas c’est ce qui m’intéresse en
premier.
A.G.
- Vous avez écrit
six romans, est-ce que vous sentez une évolution
dans votre façon d’écrire, est-ce
qu’il y a plus facilité, des phases d’écriture
qui viennent plus naturellement, d’autres qui sont
plus difficiles ?
O.D.
- C’est toujours compliqué, il y a
des choses maintenant que je sais, que j’ai appris,
à force et donc des erreurs que je ne fais plus
que je faisais avant parce que je ne les voyais même
pas d’ailleurs, mais c’est plus dans l’ordre
du style, du choix des mots, d’un certain nombre
de tics que je pouvais avoir et que petit à petit
je corrige pour aller vers une écriture sans doute,
en tout cas c’est ce qu’on m’a dit récemment,
plus fluide, peut-être plus efficace. Mais pour
ce qui est de la construction des histoires, du développement,
des caractères des personnages etc… je galère
toujours autant.
A.G.
- A la fin de vos romans on retrouve souvent
la même image, un personnage qui a traversé
une épreuve marquante, souvent marqué par
la mort d’un proche, il y a cette volonté
de tourner la page, d’aller de l’avant, de
continuer à avancer, comme une lueur d’espoirs
au milieu d’un passage particulièrement sombre
de l’existence des personnages, En êtes vous
conscient, est-ce une volonté de votre part ?
O.D.
- Non je n’en étais pas du tout conscient,
j’en prends conscience pendant que vous me le dites.
Quand on écrit un bouquin après il nous
échappe complètement donc on ne sait pas
exactement ce qu’on a écrit à l’intérieur,
ce qu’on a bien voulu faire passer comme message
et à fortiori quand on en a écrit 6, là
je suis en train de finir mon 7eme, il doit y avoir à
la longue un thème récurrent. Chez moi je
pense que c’est vrai que ce thème est assez
récurent, le bonheur, la douleur, la brisure, la
cassure, le deuil et ensuite la reconstruction pour renaître.
Au fond mes romans sont noirs mais quelque part j’ai
l’impression qu’ils sont assez optimistes
parce que mes personnages traversent des trucs infernaux
mais au bout du compte il y a toujours cette espèce
de fin c’est vrai, on va voir, demain sera un autre
jour, j’assume et je vais de l’avant, parce
que je crois que c’est simplement ma personnalité.
J’ai eu une vie parfois compliquée, j’ai
traversé des choses difficiles et je ne me suis
pas effondré, parce que j’avais envie de
vivre et j’ai toujours envie de vivre et que chaque
jour que dieu fait c’est pour moi un nouveau pari
que j’ai envie de prendre à fond la caisse,
même si la veille je me suis ramassé et ça
m’arrive encore de me ramasser, donc voilà
c’est comme ça que je vis, donc ça
doit effectivement être un thème récurrent
et même fondamental parce qu‘il me définit
donc ça transparaît dans mes livres.
A.G. - Dans votre livre on retrouve une
certaine critique de la société, est-ce
important pour vous de soulever certains points ?
O.D.
- Oui, mais moi je suis un anarchiste au fond, qui s’ignore
d’ailleurs, un de mes amis journaliste un jour m’a
dit « t’es un anarchiste de droite »,
j’ai dis, peut-être oui, et je suis reparti
dans mes bouquins d’histoire de la philosophie du
droit de quand je faisais mes études pour voir
un peu ce que ça voulait dire. Et oui c’est
vrai je suis assez asociale finalement au sens presque
républicain du terme, pas du tout envie de marcher
dans le rang, j’ai un regard très critique
sur mon environnement et j’ai du mal avec tout ce
qui est autorité, gens qui nous disent ce qu’il
faut faire, comment il faut penser, j’ai toujours
eu du mal avec ça, avec le temps je me calme, je
vieillis, je mûris, je m’assagis, j’accepte
plus parce que je sais que ce n’est pas possible
de faire autrement et que nous vivons en société.
Je suis avocat, là je prends un peu de distance
avec mon métier pour me consacrer plus à
l’écrire c’est vrai, mais je n’ai
pas choisit le métier d’avocat pour rien,
l’avocat c’est le type qui se lève
et qui dit non, mais là raison pour laquelle j’en
ai un peu marre c’est qu’il se lève
et qu’il dit non mais que personne ne l’entend,
en réalité sa voix n’a pas grande
importance parce qu’elle touche peu de monde, généralement
dans le cadre d’une salle d’audience et qu’elle
est déjà verrouillée à l’intérieur
du système, l’avocat fait parti du système,
il ne peut que l’accepter pour l’utiliser,
mais en même temps pour le subir. C’est un
peu le constat que je fais après avoir pratiqué
pendant pratiquement 20 ans et c’est ce constat
qui compte tenu de ma personnalité est un peu frustrant.
En revanche avec les livres, je ne sais si j’ai
plus d’influence mais en tout cas je touche plus
de monde c’est une certitude, c’est une espèce
de poil à gratter, je dis, voilà regardez,
reconnaissez-vous, je l’espère en tout cas,
dans ce que j’écris et donnez-vous la possibilité
de dire non. Mes livres ne sont pas des incitations au
terrorisme et à l’attentat, pas du tout,
mais c’est plutôt une incitation à
la réflexion sur le système dans lequel
on vit et sur l’honnêteté dans laquelle
on doit être si on veut garder sa dignité
humaine, on ne peut pas en permanence fermer sa gueule,
accepter tout ce qu’on nous raconte et dire merci,
ce n’est pas possible. Il y a des situations dans
lesquelles on ne peut pas faire autrement parce qu’il
faut que tous aillent dans le même sens, mais il
faut au moins qu’on ait la possibilité de
pouvoir dire, je ne suis pas d’accord, je le fais
parce que je comprends les raisons mais en même
temps laissez moi ma liberté de penser, donc moi
c’est de plus en plus comme ça que je fonctionne.
A.G.
- Où en sont les projets cinématographiques
? Vos lecteurs verraient bien « La liste interdite
» au cinéma. Qu’en pense l’auteur
?
O.D.
- Je ne demande que ça.
Donc pour les projets cinéma en ce moment ça
bouge beaucoup, il y a des gens qui ont lu « Le
couloir de la pieuvre », Le serpent de mer je devrais
l’appeler ce livre, ça leur a beaucoup plu
mais visiblement trop compliqué, donc ils ont rebondi
sur « Miroir de sang » qui serait plus simple
à adapter. Enfin là il y a quelque chose
qui est en train de se construire autour et qui devrait,
si ça marche parce que tout ça est toujours
très compliqué, se concrétiser vers
le mois de septembre. Donc « Miroir de sang »
c’est un peu dans les canaux, on en parle, j’ai
rencontré pas mal de gens autour de ce projet qui
réfléchissent dessus, deux équipes
de production. Donc ça c’est pour mes projets
d’adaptation de mes romans.
« La liste interdite » qui vient de sortir,
je ne suis pas Grangé donc on ne me téléphone
pas avant même que le livre soit sortit pour l’acheter
aux enchères, mais probablement que ça ferait
un bon film, en tout cas il y a tous les éléments
pour, il est bien concentré, recentré sur
les personnages, une intrigue qui peut être facilement
exploitée au cinéma, au contraire de «
L’ordre noir » qui était plus complexe,
plus éclaté donc plus difficilement adaptable,
mais là ce n’est pas moi qui maîtrise,
serai-je ou pas contacté… je lance un appel
(rires).
Parallèlement j’ai été récemment
contacté par des boites de productions pour la
télévision et là aussi c’est
en train de bouger pas mal, on m’a demandé
de réfléchir à un certain nombre
de projets.
A.G.
- Comment voyez-vous l’écrivain Olivier Descosse
dans quelques années ? Ecrira-t-il toujours des
Thrillers ou un autre genre ?
O.D.
- Je n’en sais rien, franchement j’ai
déjà du mal à voir ce qu’il
va m’arriver demain.
A.G.
- Une question que beaucoup de vos lecteurs se
posent, y aura-t-il le retour de Cabrera ?
O.D.
- Je ne sais pas, peut-être, je ne l’ai
pas tué en tout cas, il se repose un peu, je l’ai
mis en cryogénie, il tourne autour de la terre
en attendant de revenir.
Mais là je suis en train d’écrire
un autre bouquin avec un sujet qui me tient vraiment à
cœur aussi, donc j’ai besoin pour écrire
ce livre, qui est assez lourd, de vraiment me concentré
là-dessus et j’ai déjà d’autres
trucs qui me prennent la tête, mais en même
temps ça m’intéresse donc je le fais
par rapport à ces projets audiovisuels.
Je n’ai pas envie de faire une histoire «
Cabreresque » pour faire une histoire pour Cabrera,
genre n’importe quoi sous prétexte que c’est
Cabrera et que ça se passe à Marseille,
ou ailleurs après tout, mais il faut que je trouve
quelque chose qui justifie que ce personnage ait encore
quelque chose à dire.
A.G.
- Un de vos lecteurs va un peu plus loin et propose
une rencontre Cabrera / Diallo. Qu’en pensez-vous
?
O.D.
- (rires)
Une rencontre entre Cabrera et Diallo… pourquoi
pas, tout est possible, mais bon… je vais y penser,
c’est genre Alien contre Predator.
A.G.
- Quelles sont vos lectures en ce moment ?
O.D.
- En ce moment je lis un témoignage d’un
homme, Slavomir Rawicz, qui a traversé 6000 km
à pieds entre la Sibérie et l’Himalaya,
entre l’année 41 et l’année
42, pendant la guerre, il s’est échappé
des goulags russes avec sept autres condamnés à
la prison à vie ou à la peine de mort et
qui a rejoins l’Inde par l’Himalaya.
Donc c’est l’histoire de ce délire
intégrale de cette bande de détenus en cavales
qui traversent des milliers de kilomètres désertiques,
pieds nus dans la neige par – 40°c ensuite dans
le désert de Gobie à + 60°c, sans manger,
sans boire. Une histoire humaine hallucinante, c’est
ce que je suis en train de lire en ce moment, c’est
ce qui m’anime là depuis à peu près
trois semaine. *
*
note : Il s’agit du livre « A marche forcée
» de Slavomir Rawicz
A.G.
- Las but not least, que nous réserve Monsieur
Descosse pour le prochain roman ?
O.D.
- Pour le prochain, ce que je peux dire, c’est
un peu une expérience littéraire pour moi
parce que c’est le premier roman que j’écris
à la première personne et j’avais
envie de plonger encore plus dans la personnalité
de mon personnage. Et donc en écrivant à
la première personne ça a malgré
moi créé une proximité à laquelle
je ne m’attendais pas du tout, d’ailleurs
j’avais commencé à la 3eme personne,
j’ai écris 30 ou 40 pages et d’un coup
je me suis dis, non il faut que je le fasse à la
première personne. J’ai eu, comme en matière
d’image, parfois il y a des espèces de zoom
très rapides pour qu’on comprenne qu’un
personnage ressent quelque chose de fort, là c’est
pareil quand j’ai commencé à écrire
à la première personne, à transformer
ça, j’ai senti que j’étais aspiré
à l’intérieur du corps de mon personnage,
de son cerveau. C’était vachement troublant,
maintenant je suis habitué puisque j’ai écris
plus d’une centaine de pages, donc je commence à
me faire au système.
Ca c’est le premier point, le second point, ça
va être encore une histoire qui met sur le tapis
des ressorts de la souffrance humaine particulièrement
lourds, ce ne sont pas des choses que j’ai vécu
mais je craindrais de vivre.
Il y a un personnage principal et un certains nombres
de personnages secondaires, l’intrigue est construite
d’une façon un peu particulière mais
ça je ne peux pas en dire plus pour l’instant
et je ne pourrais jamais en dire plus car ce serait dévoiler
le truc. Les choses ne sont jamais ce que l’on croit,
et je continu dans cette voie là, montrer des choses,
faire réagir les personnages, même des personnages
très intelligents sur ces choses et au bout du
compte réaliser que ces choses-là sont encore
plus intelligentes que le personnage, parce qu’elles
ne sont pas ce qu’il a anticipé.
L’intrigue va sans doute être circonscrite
à la France et peut-être un autre pays francophone
mais pas plus, ça va être assez resserré.
A.G.
- Vous pensez qu’il
sortira à peu près à la même
période que « La liste interdite »
?
O.D.
- Je ne sais pas, ça
dépendra du moment auquel je le terminerai. Si
j’arrive à le terminer avant la fin de l’année,
mais compte tenu de tout ce que je fais ce n’est
pas certain, il sortira au même moment. Mais si
je dérape un peu, il sortira peut-être plus
tard, genre septembre ou janvier de l’année
suivante.