Aurélie Grégoire - Avant de parler de La Liste Interdite et de votre actualité, on va faire un petit point sur L'Ordre Noir. Pourquoi cette escapade vers l'aventure vers la fin plutôt qu'un polar pur et dur, c'est quand même le roman qui s'écarte le plus des autres – à part Mythes – est-ce qu'il y avait une volonté de surprendre le lecteur ou est-ce pour vous faire plaisir sur un type d'intrigue un peu différent ?

Olivier Descosse - C'est pour me faire plaisir à moi d'abord, j'aime bien cette idée là de chasse au trésor, d'aventure. D'une certaine façon, je crois quand même que c'était annoncé dans « Le couloir de la pieuvre », puisqu'il partait à l'autre bout du monde chercher des preuves dans une grotte remplie de requins. Je crois que c'était aussi annoncé dans « Le Pacte rouge » puisque l’histoire se termine en Afghanistan dans la montagne. J'aime bien ce côté voyage, presque reportage en quelque sorte et je trouvais qu'allier l'Amazonie et ce qui peut se passer à l'intérieur dans une espèce de chasse au trésor c'était vraiment très intéressant. Enfin je me suis vraiment fait plaisir en écrivant ça.
Je suis un grand amateur de tout ce qui est aventures type Indiana Jones, Benjamin Gates ou même Allan Quatermain pour les plus anciens et donc je crois que j'ai eu envie de partir dans ce trip là et voir ce que je pouvais y faire. Je me suis fait vraiment plaisir, ça n’a pas été pour conquérir un nouveau lectorat ou pour quoique ce soit de ce genre, c'est surtout parce que tout ça fait parti de moi.

A.G. - Un an après avoir sorti « L'Ordre Noir », vous sortez « La Liste Interdite », ce sont deux romans où il y a peut-être un lien un peu plus étroit avec votre métier, vous êtes avocat d'affaires.
Quels aspects de votre métier, dans « L'Ordre Noir » et de la justice dans « La Liste Interdite » vouliez-vous retranscrire ?

O.D. - Dans L'Ordre Noir, le personnage est un avocat d'affaires effectivement, un peu comme moi. J'avais envie de retranscrire ce que je connais de cet univers-là, même si le livre n'est pas sur les avocats d'affaires du genre Grisham qui prendrait un dossier, une affaire compliquée, et puis il la traiterait dans le livre.
L'avocat d'affaires, le personnage principal, c'est un peu le prétexte en quelque sorte pour aborder cet univers là puis comme « L'Ordre Noir » se passe aussi dans le monde de l'art c'était assez lié puisqu'on est dans un univers très haut de gamme où se côtoient l'argent, le pouvoir et l'art. L’art étant un véhicule pratique de l'argent et du pouvoir puisque plutôt que de passer des billets d'un compte à un autre on peut passer des oeuvres d'arts par exemple, c'est très facile
Donc j'aurai pu prendre effectivement plutôt qu'un avocat un marchand d'arts, quelque chose comme ça, mais un avocat c'était bien.
Il me fallait un personnage qui côtoie ce milieu fermé très haut de gamme où il doit y avoir à peu près 2000 personnes en France, politiques, financiers, avocats qui tiennent le haut du pavé, donc comme moi j'étais avocat et que j'avais un cabinet fut un temps rue du Faubourg Saint-Honoré c'était plus pratique pour parler de ce que je connaissais.
Pour « La Liste Interdite » c'est autre chose, le sujet du livre est un sujet que l’on découvre au fur et à mesure des pages mais qui se passe quand même plus ou moins dans l'univers de la justice, en tout cas qui met en scène des problèmes que la justice a à connaître, donc c'était évident de prendre au moins un juge d'instruction comme personnage. D'autant plus que – mais là j'essaie de ne pas trop en dévoiler, c'est compliqué – à qui, à part un juge d'instruction pouvais-je confier cette enquête pour qu'il soit le plus concerné par le choix qu'il va avoir à faire à un moment du livre ? C'est un peu sibyllin j'en suis conscient mais je ne pourrais pas en dire plus... C'était une évidence pour traiter ce sujet que de le traiter au regard de l'univers de la justice puisque c'est assez lié.
Je pense que les sujets imposent ensuite les personnages. Par exemple, pour le livre de Grangé, « Le serment des Limbes », son univers était le Diable et Dieu, le bien et le mal sous l’angle de la religion, il a pris des flics, c'est vrai que les flics c'est pratique ça ouvre beaucoup de portes plus facilement que d'autres personnages mais il en a quand même pris qui étaient d'anciens séminaristes, donc il faut qu'il y ait un rapport entre le sujet et les personnages.

A.G. - Comment est née cette Liste Interdite ? La mise en place de l'intrigue vous a-t-elle pris beaucoup de temps ? L'intrigue est très maîtrisée, avez-vous travaillé avec un plan détaillé ?

O.D. - Il paraît, c'est ce qu'on me dit mais je n'en ai pas eu conscience parce que plusieurs fois dans le livre je me suis demandé où j'allais. J'avais le début, la fin, je connaissais le thème de l'histoire, quel était le ressort principal, je savais que je voulais deux histoires en parallèles, parce que j'ai envie de dire il y en a une qui est blanche et une qui est noire, sans faire de mauvais jeu de mots puisqu'on a un personnage blanc et un personnage noir au sens racial du terme, mais il y a vraiment une piste blanche et une piste noire, une piste du bien et une piste du mal en quelque sorte, donc c'est pour ça qu'il me fallait les deux aspects, ça c'était clair aussi. En revanche dans les détails, dans les rebondissements, il y a des rebondissements qui sont venus et qui se sont imposés au moment où ils se sont passés, que je n'avais pas du tout prévu.
Alors au bout du compte cela doit donner sans doute le sentiment d’un truc hyper construit sur lequel j'ai gambergé pendant des jours et des jours, en réalité cela ne s'est pas du tout passé comme ça, je suis parti à l'aventure, comme d'hab. et au fur et à mesure les choses se sont mises en lignes, des trucs auquel je n'avais pas du tout pensé, 'ai dû faire des retours en arrière pour faire coller les morceaux à certains moments. Il y a même une semaine où je me suis arraché les cheveux, je me disais merde ça ne veut rien dire, ça n'a pas de sens, et finalement c'est venu. Ca n'a pas été aussi carré que le résultat peut le laisser penser, mais de toute façon un livre ce n'est jamais comme ça, enfin, pas pour moi en tout cas, il se construit au fur et à mesure j'ai envie de dire et après quand les lecteurs le lisent d'un coup ils se disent « oh la la c'est compliqué, il a dû vraiment se torturer les méninges et se faire des nœuds au cerveau », en fait pas vraiment, je m'en suis fait de temps en temps mais pour débrouiller certaines situations mais rien n'était vraiment prémédité.
Vraiment pas, c'est un crime mais ce n'est pas un assassinat, il n'y avait pas préméditation....(rires)

A. G. - Qu'est-ce qui vous a inspiré l'intrigue ?

O.D. - En fait c'est toujours les mêmes histoires qui m'animent. Des histoires de vengeances, de choses non réglées, de choix Cornéliens.... L'Homme placé finalement face à sa réalité et en même temps contraint par la réalité sociale. Les réactions que je pourrais avoir par rapport à ce que je vis, par rapport à ce qu'il se passe et je constate. Est-ce que si moi j'étais placé dans une situation x ou y dans laquelle on est sensé réagir de telle façon je réagirai comme ça ? Après le truc c'est de pousser cette piste là le plus loin possible et de trouver des personnages qui vont l'incarner de façon romanesque en quelque sorte et donc exponentielle par rapport à ce qu'il pourrait se passer dans la réalité.
Mais au bout du compte l'histoire est toujours la même, si moi j'étais placé dans une situation dramatique du type de celle qui se produit dans « La Liste interdite », quel choix ferais-je en mon âme et conscience ? Après j'ai poussé le truc un peu plus loin.
Et puis la réalité sociale aussi, les débats qui se produisent dans la société française depuis un certain nombre d'années me font penser ça, j'écoute la radio, je regarde les journaux, je vois qu'il y a des choses qui sont votées par le parlement, il y a des gens qui font des déclarations, des espèces de professeurs de conscience qui parlent à la télé et qui disent voilà comment il faut penser, voilà comment l'homme doit évoluer et puis après j'écoute les gens parler et je vois qu'ils ne sont pas toujours d'accord, qu'ils ne disent rien parce qu'ils n'ont pas les moyens de le faire mais en réalité quand ils parlent entre eux, entre amis, au café ou à la maison ils disent « c'est du n'importe quoi, si ça m'arrivait à moi, voilà ce que je ferai ».
C'est un peu ça l'idée.



A.G. - Dans tous vos romans on voyage, dans « La Liste Interdite » aussi, même si on reste en Europe. Mais Paris nous mène à la Chine.
Pourquoi avoir choisi la Chine, le quartier chinois ?
Quel travail cela vous a demandé au niveau informations par rapport aux triades, au bouddhisme, même à la langue.

O.D. - C'est parti du fait que j'avais envie de créer un personnage bouddhiste, donc la logique était qu'il soit dans le quartier chinois de Paris.
J'avais envie aussi de prendre un peu le contre-pied de « L'ordre noir » qui part dans pas mal de pays, sur plusieurs continents parce que c'est vraiment une aventure, mais de prendre ce contre-pied tout en restant dans ce qui m'intéresse à savoir une unité de lieu dans laquelle on voyagerait. Et à Paris si on prend la peine de regarder, il y a vraiment des univers à chaque coin de rue, en l'occurrence le quartier chinois mais y'en a d'autres, les blacks, les kabyles, les thaïlandais, enfin toutes les communautés qui vivent à Paris c'est du délire....
Donc comme l'histoire se prêtait au quartier chinois, il se trouve que j'ai choisi les chinois. Et puis après j'ai développé à partir de là mais c'est vrai que j'aurais pu choisir autre chose mais je n'étais pas parti sur la Chine à priori. La chine s'est imposée à cause de mon personnage, je voulais qu'il soit bouddhiste parce qu'en étant un des personnages principaux il pouvait donner la réplique à Claire Brissac, le juge, et la faire progresser. Parce qu'elle-même a besoin de progresser à cause de son histoire personnelle, c'est une femme un peu rigide, qui a souffert...
C'est important et intéressant de la confronter à un type comme Christian Mayol qui s'en fout complètement qu'elle soit juge, qui ne voit que la fragilité qu'elle porte et qui grâce à son empathie, grâce à sa philosophie va lui permettre d'ouvrir des portes qu'elle n'a jamais ouvertes.
Le reste s'est enchaîné à partir de là.


A.G. - Cela vous a demandé beaucoup de travaille de documentation ?

O.D. - Oui j’ai même pris ma moto pour aller repérer un temple bouddhiste que j’avais découvert sur Internet mais dont je n’avais aucune photo, j’avais juste l’adresse. Donc j’y suis allé, un endroit hallucinant dans le 13e arrondissement sous les tours des Olympiades, dans une espèce de parking souterrain au milieu des cadavres de poubelles, j’ai découvert un temple bouddhiste surréaliste.
Mais j’ai aussi beaucoup travaillé sur documents pour tout ce qui est la philosophie bouddhiste, taoïste, confucianiste.
Le gros travaille a été de faire le tri, j’avais beaucoup de documents, je ne voulais pas ennuyer le lecteur et faire un essai sur le bouddhisme, il fallait que ça s’intègre dans l’histoire et trouver les choses les plus essentielles et les plus clairs pour que le lecteur puisse bien comprendre et apprendre pour ceux qui ne connaissaient pas. Cette synthèse a été compliquée ainsi que la compréhension de toutes ces informations, parce que faire la différence entre le bouddhisme et le taoïsme en Chine ce n’est pas toujours évident.


A.G. - Vous voyagez beaucoup, est-ce que vos voyages vous influencent, vous inspirent pour les lieux dans lesquels se déroulent vos intrigues ?

O.D. - Bien sur, toujours, en ce moment j’écris un nouveau roman, et je passe la moitié de mon temps dans ma maison à côté d’Aix en Provence et mon roman démarrera à Paris mais très rapidement il se propulse dans la région d’Avignon et ensuite ailleurs, mais il y a 14 ou 15 chapitres qui se passent dans ce coin là parce que j’y passe une partie de mon temps en ce moment et du coup ça m’a inspiré.


A.G. - Dans une interview sur RTL, vous aviez parlé d’un accident de voiture auquel vous aviez assisté vers l’âge de huit ans, « La Liste Interdite » commence par un accident de voiture, est-ce que ça a pu vous influencer ?

O.D. - Alors là c’est les ressorts inconscients de l’imaginaire de l’écrivain, parce que je n’ai pas du tout fait le lien avec ça, même si cela doit sans doute être lié parce qu’il y a des images de mon enfance que je conserve en mémoire, qui sont des images qui m’ont impressionné, par leur violence, leur crudité, leur sauvagerie parfois. Auxquelles je pense tous les enfants sont soumis aujourd’hui et d’ailleurs de plus en plus, ce qui me semble être un peu un problème, puisque naturellement on a la possibilité malheureusement d’affronter cette dure réalité sans que l’on soit obligé de regarder la télé, mais maintenant il suffit d’appuyer sur un bouton et on voit l’horreur en directe. Donc quand j’étais petit ça m’a fortement impressionné et j’en garde des séquelles en quelques sorte, qui ressortent régulièrement dans mes livres, d’ailleurs si j’ai choisi ce registre là c’est aussi pour purger toutes ces images angoissantes qui se terrent dans un coin de mon cerveau de psychopathe (rires).


A.G - Dans « La liste interdite » vos personnages ont tous une blessure personnelle, à travers eux que voulez-vous transmettre à vos lecteurs, pourquoi avoir fait ce choix ?

O.D. - C’est plus intéressant de choisir des personnages qui ont des blessures que des personnages dont l’électroencéphalogramme est plat. C’est chez les gens qui ont des blessures que l’ont peut percevoir les meilleures traces de l’humanité, tout simplement.
Je crois qu’il y avait une chanson de Goldman qui disait « elle avait cette petite fêlure dans le regard qui rend les gens supportables », tout est là, moi les gens qui sont dans le bonheur béat ça ne m’intéresse pas beaucoup en faite, il n’y a pas grand chose à creuser, je crois que l’évolution, la progression, l’initiation, se construit toujours sur la souffrance de toute façon parce que notre destin humain s’inscrit là dedans depuis la naissance, qui est déjà une grosse séparation, une souffrance, une déchirure, jusqu’à la mort qui est la séparation ultime, on passe notre temps à travailler sur nous même pour apprivoiser le deuil. Donc c’est inhérent et il y a des gens qui passent à travers ce système-là, du moins le croient-ils un certain temps, parce qu’un jour ou l’autre la maladie, la vieillesse, la mort, nous rattrape tous et moi ce qui m’intéresse ce sont les gens qui ont souffert et qui toujours vivants vont apprivoiser cette souffrance pour devenir encore plus humain.

A.G. - Dans « L’ordre noir » toute la relation de Luc avec son père est compliquée, douloureuse, ce qui est aussi un des fils conducteur du roman, dans « La liste interdite » il y a une relation aussi douloureuse entre les deux frères, Laurent et Arnaud Charvet, qui est très importante dans l’intrigue, parler des relations humaines, les analyser, les fouiller, c’est important pour vous dans vos romans ?

O.D. - Oui pour moi c’est fondamental.
Il y a deux sortes de thriller pour moi, les thrillers qui racontent une histoire et il y a des auteurs qui le font très bien, du type Harlan Coben par exemple, d’ailleurs ça marche super bien et beaucoup mieux que moi (rires), mais dans lesquels il n’y a pas de personnages, ce sont des personnages très superficiels qui sont des prétextes à l’intrigue en quelque sorte. Je parle d’Harlan Coben parce que c’est le plus connu mais il y a plein de thriller qui sont comme ça, moi ce que je peux dire c’est que lorsque j’ai lu un livre d’Harlan Coben je ne m’en souviens pas, je ne peux pas raconter ce qu’il s’est passé à l’intérieur parce qu’il n’y a aucun point d‘accroche en quelque sorte, avec ma propre réalité, avec mes propres sentiments, enfin bref les personnages ne sont pas attachants. Alors j’ai envie de dire il est très fort, même en faisant des personnages sans consistance il arrive à faire des intrigues qui plaisent à beaucoup plus de monde qu’à mes lecteurs.

Après il y a une deuxième catégorie de thriller, dans laquelle je m’inscris sans doute mais je ne suis pas le seul à travailler de cette façon là, dans laquelle on développe les personnages, leurs relations entre eux etc… finalement pourquoi moi je fais ça plutôt qu’une histoire où les personnages ont moins d’importance, parce que ça me parle tout simplement, parce que quand je regarde un film ou lis un livre, la première chose à laquelle j’ai envie de m’attacher ce sont les personnages, au-delà de l’intrigue. Et je pense à la série Lost, qui est une série que j’affectionne particulièrement, je trouve l’intrigue assez hallucinante, géniale, et en même temps pleine de trous, d’imperfections, d’erreurs, mais je continu à la regarder quand même parce que les personnages sont extraordinaires, géniaux et là ils ont tout compris. C’est ça qu’il faut fouiller et pousser à fond, c’est ce qui intéresse les gens, en tout cas c’est ce qui m’intéresse en premier.

A.G. - Vous avez écrit six romans, est-ce que vous sentez une évolution dans votre façon d’écrire, est-ce qu’il y a plus facilité, des phases d’écriture qui viennent plus naturellement, d’autres qui sont plus difficiles ?

O.D. - C’est toujours compliqué, il y a des choses maintenant que je sais, que j’ai appris, à force et donc des erreurs que je ne fais plus que je faisais avant parce que je ne les voyais même pas d’ailleurs, mais c’est plus dans l’ordre du style, du choix des mots, d’un certain nombre de tics que je pouvais avoir et que petit à petit je corrige pour aller vers une écriture sans doute, en tout cas c’est ce qu’on m’a dit récemment, plus fluide, peut-être plus efficace. Mais pour ce qui est de la construction des histoires, du développement, des caractères des personnages etc… je galère toujours autant.

A.G. - A la fin de vos romans on retrouve souvent la même image, un personnage qui a traversé une épreuve marquante, souvent marqué par la mort d’un proche, il y a cette volonté de tourner la page, d’aller de l’avant, de continuer à avancer, comme une lueur d’espoirs au milieu d’un passage particulièrement sombre de l’existence des personnages, En êtes vous conscient, est-ce une volonté de votre part ?

O.D. - Non je n’en étais pas du tout conscient, j’en prends conscience pendant que vous me le dites. Quand on écrit un bouquin après il nous échappe complètement donc on ne sait pas exactement ce qu’on a écrit à l’intérieur, ce qu’on a bien voulu faire passer comme message et à fortiori quand on en a écrit 6, là je suis en train de finir mon 7eme, il doit y avoir à la longue un thème récurrent. Chez moi je pense que c’est vrai que ce thème est assez récurent, le bonheur, la douleur, la brisure, la cassure, le deuil et ensuite la reconstruction pour renaître.
Au fond mes romans sont noirs mais quelque part j’ai l’impression qu’ils sont assez optimistes parce que mes personnages traversent des trucs infernaux mais au bout du compte il y a toujours cette espèce de fin c’est vrai, on va voir, demain sera un autre jour, j’assume et je vais de l’avant, parce que je crois que c’est simplement ma personnalité. J’ai eu une vie parfois compliquée, j’ai traversé des choses difficiles et je ne me suis pas effondré, parce que j’avais envie de vivre et j’ai toujours envie de vivre et que chaque jour que dieu fait c’est pour moi un nouveau pari que j’ai envie de prendre à fond la caisse, même si la veille je me suis ramassé et ça m’arrive encore de me ramasser, donc voilà c’est comme ça que je vis, donc ça doit effectivement être un thème récurrent et même fondamental parce qu‘il me définit donc ça transparaît dans mes livres.


A.G. - Dans votre livre on retrouve une certaine critique de la société, est-ce important pour vous de soulever certains points ?

O.D. - Oui, mais moi je suis un anarchiste au fond, qui s’ignore d’ailleurs, un de mes amis journaliste un jour m’a dit « t’es un anarchiste de droite », j’ai dis, peut-être oui, et je suis reparti dans mes bouquins d’histoire de la philosophie du droit de quand je faisais mes études pour voir un peu ce que ça voulait dire. Et oui c’est vrai je suis assez asociale finalement au sens presque républicain du terme, pas du tout envie de marcher dans le rang, j’ai un regard très critique sur mon environnement et j’ai du mal avec tout ce qui est autorité, gens qui nous disent ce qu’il faut faire, comment il faut penser, j’ai toujours eu du mal avec ça, avec le temps je me calme, je vieillis, je mûris, je m’assagis, j’accepte plus parce que je sais que ce n’est pas possible de faire autrement et que nous vivons en société.
Je suis avocat, là je prends un peu de distance avec mon métier pour me consacrer plus à l’écrire c’est vrai, mais je n’ai pas choisit le métier d’avocat pour rien, l’avocat c’est le type qui se lève et qui dit non, mais là raison pour laquelle j’en ai un peu marre c’est qu’il se lève et qu’il dit non mais que personne ne l’entend, en réalité sa voix n’a pas grande importance parce qu’elle touche peu de monde, généralement dans le cadre d’une salle d’audience et qu’elle est déjà verrouillée à l’intérieur du système, l’avocat fait parti du système, il ne peut que l’accepter pour l’utiliser, mais en même temps pour le subir. C’est un peu le constat que je fais après avoir pratiqué pendant pratiquement 20 ans et c’est ce constat qui compte tenu de ma personnalité est un peu frustrant.
En revanche avec les livres, je ne sais si j’ai plus d’influence mais en tout cas je touche plus de monde c’est une certitude, c’est une espèce de poil à gratter, je dis, voilà regardez, reconnaissez-vous, je l’espère en tout cas, dans ce que j’écris et donnez-vous la possibilité de dire non. Mes livres ne sont pas des incitations au terrorisme et à l’attentat, pas du tout, mais c’est plutôt une incitation à la réflexion sur le système dans lequel on vit et sur l’honnêteté dans laquelle on doit être si on veut garder sa dignité humaine, on ne peut pas en permanence fermer sa gueule, accepter tout ce qu’on nous raconte et dire merci, ce n’est pas possible. Il y a des situations dans lesquelles on ne peut pas faire autrement parce qu’il faut que tous aillent dans le même sens, mais il faut au moins qu’on ait la possibilité de pouvoir dire, je ne suis pas d’accord, je le fais parce que je comprends les raisons mais en même temps laissez moi ma liberté de penser, donc moi c’est de plus en plus comme ça que je fonctionne.

A.G. - Où en sont les projets cinématographiques ? Vos lecteurs verraient bien « La liste interdite » au cinéma. Qu’en pense l’auteur ?

O.D. - Je ne demande que ça.
Donc pour les projets cinéma en ce moment ça bouge beaucoup, il y a des gens qui ont lu « Le couloir de la pieuvre », Le serpent de mer je devrais l’appeler ce livre, ça leur a beaucoup plu mais visiblement trop compliqué, donc ils ont rebondi sur « Miroir de sang » qui serait plus simple à adapter. Enfin là il y a quelque chose qui est en train de se construire autour et qui devrait, si ça marche parce que tout ça est toujours très compliqué, se concrétiser vers le mois de septembre. Donc « Miroir de sang » c’est un peu dans les canaux, on en parle, j’ai rencontré pas mal de gens autour de ce projet qui réfléchissent dessus, deux équipes de production. Donc ça c’est pour mes projets d’adaptation de mes romans.
« La liste interdite » qui vient de sortir, je ne suis pas Grangé donc on ne me téléphone pas avant même que le livre soit sortit pour l’acheter aux enchères, mais probablement que ça ferait un bon film, en tout cas il y a tous les éléments pour, il est bien concentré, recentré sur les personnages, une intrigue qui peut être facilement exploitée au cinéma, au contraire de « L’ordre noir » qui était plus complexe, plus éclaté donc plus difficilement adaptable, mais là ce n’est pas moi qui maîtrise, serai-je ou pas contacté… je lance un appel (rires).
Parallèlement j’ai été récemment contacté par des boites de productions pour la télévision et là aussi c’est en train de bouger pas mal, on m’a demandé de réfléchir à un certain nombre de projets.

A.G. - Comment voyez-vous l’écrivain Olivier Descosse dans quelques années ? Ecrira-t-il toujours des Thrillers ou un autre genre ?

O.D. - Je n’en sais rien, franchement j’ai déjà du mal à voir ce qu’il va m’arriver demain.

A.G. - Une question que beaucoup de vos lecteurs se posent, y aura-t-il le retour de Cabrera ?

O.D. - Je ne sais pas, peut-être, je ne l’ai pas tué en tout cas, il se repose un peu, je l’ai mis en cryogénie, il tourne autour de la terre en attendant de revenir.
Mais là je suis en train d’écrire un autre bouquin avec un sujet qui me tient vraiment à cœur aussi, donc j’ai besoin pour écrire ce livre, qui est assez lourd, de vraiment me concentré là-dessus et j’ai déjà d’autres trucs qui me prennent la tête, mais en même temps ça m’intéresse donc je le fais par rapport à ces projets audiovisuels.
Je n’ai pas envie de faire une histoire « Cabreresque » pour faire une histoire pour Cabrera, genre n’importe quoi sous prétexte que c’est Cabrera et que ça se passe à Marseille, ou ailleurs après tout, mais il faut que je trouve quelque chose qui justifie que ce personnage ait encore quelque chose à dire.

A.G. - Un de vos lecteurs va un peu plus loin et propose une rencontre Cabrera / Diallo. Qu’en pensez-vous ?

O.D. - (rires)
Une rencontre entre Cabrera et Diallo… pourquoi pas, tout est possible, mais bon… je vais y penser, c’est genre Alien contre Predator.

A.G. - Quelles sont vos lectures en ce moment ?

O.D. - En ce moment je lis un témoignage d’un homme, Slavomir Rawicz, qui a traversé 6000 km à pieds entre la Sibérie et l’Himalaya, entre l’année 41 et l’année 42, pendant la guerre, il s’est échappé des goulags russes avec sept autres condamnés à la prison à vie ou à la peine de mort et qui a rejoins l’Inde par l’Himalaya.
Donc c’est l’histoire de ce délire intégrale de cette bande de détenus en cavales qui traversent des milliers de kilomètres désertiques, pieds nus dans la neige par – 40°c ensuite dans le désert de Gobie à + 60°c, sans manger, sans boire. Une histoire humaine hallucinante, c’est ce que je suis en train de lire en ce moment, c’est ce qui m’anime là depuis à peu près trois semaine.
*

* note : Il s’agit du livre « A marche forcée » de Slavomir Rawicz

A.G. - Las but not least, que nous réserve Monsieur Descosse pour le prochain roman ?

O.D. - Pour le prochain, ce que je peux dire, c’est un peu une expérience littéraire pour moi parce que c’est le premier roman que j’écris à la première personne et j’avais envie de plonger encore plus dans la personnalité de mon personnage. Et donc en écrivant à la première personne ça a malgré moi créé une proximité à laquelle je ne m’attendais pas du tout, d’ailleurs j’avais commencé à la 3eme personne, j’ai écris 30 ou 40 pages et d’un coup je me suis dis, non il faut que je le fasse à la première personne. J’ai eu, comme en matière d’image, parfois il y a des espèces de zoom très rapides pour qu’on comprenne qu’un personnage ressent quelque chose de fort, là c’est pareil quand j’ai commencé à écrire à la première personne, à transformer ça, j’ai senti que j’étais aspiré à l’intérieur du corps de mon personnage, de son cerveau. C’était vachement troublant, maintenant je suis habitué puisque j’ai écris plus d’une centaine de pages, donc je commence à me faire au système.
Ca c’est le premier point, le second point, ça va être encore une histoire qui met sur le tapis des ressorts de la souffrance humaine particulièrement lourds, ce ne sont pas des choses que j’ai vécu mais je craindrais de vivre.
Il y a un personnage principal et un certains nombres de personnages secondaires, l’intrigue est construite d’une façon un peu particulière mais ça je ne peux pas en dire plus pour l’instant et je ne pourrais jamais en dire plus car ce serait dévoiler le truc. Les choses ne sont jamais ce que l’on croit, et je continu dans cette voie là, montrer des choses, faire réagir les personnages, même des personnages très intelligents sur ces choses et au bout du compte réaliser que ces choses-là sont encore plus intelligentes que le personnage, parce qu’elles ne sont pas ce qu’il a anticipé.
L’intrigue va sans doute être circonscrite à la France et peut-être un autre pays francophone mais pas plus, ça va être assez resserré.

A.G. - Vous pensez qu’il sortira à peu près à la même période que « La liste interdite » ?

O.D. - Je ne sais pas, ça dépendra du moment auquel je le terminerai. Si j’arrive à le terminer avant la fin de l’année, mais compte tenu de tout ce que je fais ce n’est pas certain, il sortira au même moment. Mais si je dérape un peu, il sortira peut-être plus tard, genre septembre ou janvier de l’année suivante.